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LE BATON DE CEDRE POESIE DE A SIBERIE ORIENTALE DU VINGTIEME SIECLE

LE BATON DE CEDRE POESIE DE A SIBERIE ORIENTALE DU VINGTIEME SIECLE

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EAN/UPC: 2906266345

textes choisis par Andreï Roumiantsev et Christian Mouze.
traductions de Christian Mouze, préface d’Emmanuel Malherbet

Sibérie : il importe peu qu’on ne sache, dans la proximité de la Chine, et regardant vers le Japon, très bien la situer sur un atlas, le mot résonne à nos oreilles, porteur d’une série d’évocations auxquelles il est difficile d’échapper ; d’abord le froid, un froid intense et comme s’il était permanent, répandu dans la pénombre sans fin d’étendues glacées ; puis, au sein de ce froid, les camps du stalinisme, comme s’ils avaient été jetés là dans le grand vide d’un désert humain et blanc, à peine clairsemé de quelques grises et tristes isbas autour desquelles rien ne paraît bouger. Les images ont la peau dure et l’imagination s’arrange vite des simplifications! Tout comme la Russie est européenne mais orientale, la Sibérie est russe, tout en ne l’étant pas vraiment parce qu’elle l’est à sa façon. C’est sans doute pourquoi cette terre de relégation, et paradoxalement d’asile aussi, a toujours fasciné les écrivains russes, qui en ont ressenti l’étrangeté, les particularités. Aussi cet ouvrage nous aurait-il semblé incomplet sans la présence d’écrivains dont l’œuvre ou le destin entretiennent avec la Sibérie un lien fort. Nous avons retenu trois auteurs, auxquels est consacrée la première partie de cette anthologie, sous le titre Sibérie, vision russe : Boris Sloutski, Nikolaï Kliouev, Alexandre Tvardovski.La deuxième partie de ce recueil regroupe des textes de sept auteurs vivant et écrivant aujourd’hui en Sibérie orientale, c’est-à-dire dans la région du lac Baïkal, plus précisément dans la région d’Irkoutsk ; le plus âgé est né en 1936, le plus jeune en 1961. Si les thèmes que nous avons voulu indiquer dans la première partie, notamment celui de la relégation et de l’exil, paraissent absents de leur écriture, il reste que de temps en temps ils affleurent. Tous ces écrivains, chacun à sa manière, cherchent à dire — on objectera que c’est le lot de tous les écrivains — la réalité qui est la leur, autrement dit, la réalité sibérienne, dans ce qu’elle a de plus élémentaire et de plus proche. On ne s’étonnera alors pas de l’omniprésence des évocations de la nature : ciel, oiseaux, nuits, neige, arbres, animaux de toutes espèces, etc... Il ne faut pas s’y tromper, il n’y a pas là une inspiration "écolo" au sens péjoratif que reçoit le vocable amputé de sa dernière syllabe, ni la culture d’un imaginaire paysan. Manifestement, ces écrivains prennent en charge la spécificité d’un monde qu’ils vivent réellement comme étant le leur : ils y sont nés, ils y vivent, et leur regard ne surplombe plus la Sibérie à la façon d’un regard étranger mais est bien "de l’intérieur", apte ainsi à déceler la singularité de traits d’une expérience existentielle puisant son aliment à des sources différentes. Car la région (et c’est en superficie plus de vingt-trois fois la France) qui habite ces poèmes est le lieu d’une symbiose culturelle : traditions occidentales, héritage spécifiquement russe, traditions bouriates, fortes influences extrême orientales, chamanisme, s’y côtoient de la manière la plus pacifique et la plus fertile. La référence permanente à la nature, l’évocation constante de la place de l’homme en son sein, sur le mode d’une sincère humilité, ouvrent au lecteur le relief et les accidents d’un pays, non plus objet d’une parole épique comme chez Tvardovski, mais d’un dire attentif à faire saillir le grain intime du réel : "Il est bon de nager — / D’éloigner tête et cœur / Du jour qui s’est tu, / De rester étendu / Sur des branches de saule." (A. Gorbounov) ; "Soudain réveillé / Je vis / Comme le matin portait / Des brassées de lumières jaunes, / Comme autrefois, / Réchauffées par notre souffle, / Des brassées de jeunes pissenlits." (A. Sokolnikov). À lire certains de ces poèmes, on ne peut qu’être frappé de la parenté qu’ils entretiennent avec la tradition poétique japonaise et chinoise, tout comme, à l’opposé, l’écriture de Tvardovski peut être rapprochée, du moins dans son projet de celle du Hart Crane de The Bridge.Il n’est pourtant pas question pour ces écrivains d’un repli sur soi qui serait un enfermement : encore une fois apparaît ce qui vu de Russie est de l’ordre de l’évidence ; l’attachement à une région n’est pas forcément de l’ordre de la rupture avec ce que l’on pourrait appeler le sentiment d’appartenance russe. Les bouleversements considérables des dernières décennies (et au-delà sans doute ceux de ce siècle) sont matière à la réflexion poétique ; et le présent, le dur présent bien souvent ("Temps présent — féroce mégère", dit Vikrov, ou encore "Malheur aveugle, malheur russe —") se tient là dans ces poèmes pris entre l’étouffant passé et l’avenir à construire. Ainsi en est-il du poème d’Andreï Roumiantsev intitulé Russie : "De nouveau tes chemins de ronces / Et, annonçant un temps de troubles, / Partout des aventuriers / Font serment de te sauver." De la même façon que la Sibérie a nourri les préoccupations des écrivains de Russie, il apparaît que les écrivains de Sibérie ne peuvent se désolidariser de leur réalité russe.Quoi qu’il en soit, nous sommes fiers de présenter ici des auteurs jusqu’alors inconnus du public non russophone, et dont les textes témoignent, avec beaucoup d’unité, de la vivacité et de l’originalité d’une démarche littéraire en cours, au carrefour de multiples influences qu’elle s’emploie à transcender.